Skip to main content

Le prix du paquet de cigarettes en France a suivi une trajectoire contrastée depuis le milieu du XXe siècle, alternant longues périodes de stabilité et hausses marquées portées par la fiscalité et les politiques de santé publique. Retracer cette évolution éclaire à la fois l’histoire du tabagisme en France et les leviers utilisés par les pouvoirs publics pour en réduire la prévalence.

1950-1975 : une période de stabilité, voire de baisse relative

Entre 1950 et 1975, le prix du tabac a paradoxalement baissé d’environ 25 % en valeur relative, dans un contexte où le tabagisme reste largement répandu et socialement accepté en France. La publicité pour les cigarettes demeure autorisée, et les ventes progressent régulièrement pour atteindre un pic historique en 1975. Aucune politique fiscale significative ne vise alors à freiner la consommation, l’État privilégiant les recettes budgétaires générées par le tabac plutôt qu’une action de santé publique.

1975-1991 : la stagnation avant le tournant réglementaire

Après le pic de consommation de 1975, le prix du tabac stagne pendant une quinzaine d’années. Cette période précède un changement de paradigme majeur : la prise de conscience progressive des effets sanitaires du tabagisme, documentée par un nombre croissant d’études épidémiologiques, commence à influencer le débat public sans encore se traduire par une action fiscale ou réglementaire forte.

1991-2000 : le tournant de la loi Évin

La loi Évin, promulguée le 10 janvier 1991, marque un changement de cap décisif dans la lutte contre le tabagisme en France. Elle interdit la publicité directe et indirecte pour le tabac et encadre la consommation dans les lieux publics. Dans la foulée de cette loi, le prix du paquet de cigarettes entame une hausse continue : entre 1991 et 2001, le prix double, porté par des augmentations régulières de la fiscalité sur le tabac.

En janvier 1993, le paquet de Marlboro, référence la plus vendue en France, coûtait environ 1,98 euro. En 2000, le prix moyen d’un paquet atteignait 3,20 euros, confirmant l’accélération de la hausse amorcée au début des années 1990.

2000-2017 : une hausse continue portée par la fiscalité

Entre 2000 et 2019, le prix du paquet de cigarettes augmente de 175 %, alors que l’inflation générale sur la même période reste nettement plus modérée, autour de 25 %. Cette hausse s’explique par une succession de relèvements de la fiscalité sur le tabac, en particulier à partir des années 2010, avec des augmentations régulières en octobre 2011, octobre 2012, juillet 2013 et janvier 2014, accompagnées d’une harmonisation de la taxation entre cigarettes et tabac à rouler instaurée par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2013.

En 2004, une cigarette coûtait environ 25 centimes, portant le prix du paquet à un peu plus de 5 euros. En 2014, le paquet de Marlboro atteignait environ 7 euros, confirmant la trajectoire haussière engagée depuis le début des années 2000.

2017-2026 : l’accélération sous l’effet du plan anti-tabac

À partir de novembre 2017, dans le cadre du Programme national de lutte contre le tabagisme, les hausses de prix deviennent plus fortes et plus régulières, selon un rythme le plus souvent semestriel, en mars et en novembre de chaque année. Cette politique volontariste fait passer le prix moyen du paquet de la marque la plus vendue de 7 euros à 10 euros entre 2017 et mars 2020, soit une progression de près de 43 % en un peu plus de deux ans.

Sous la présidence d’Emmanuel Macron, le prix du paquet de cigarettes connaît six augmentations entre mai 2017 et fin 2019, pour une hausse moyenne cumulée de 2,65 euros. Le prix franchit ensuite la barre symbolique des 10 euros en 2021, puis continue de progresser : en 2024, le prix moyen d’un paquet atteint environ 11,50 à 12 euros selon les marques, soit une augmentation de 77,9 % par rapport à 2017, où le prix moyen s’établissait à 7,05 euros.

Entre 2024 et 2026, plusieurs hausses supplémentaires sont intervenues ou sont prévues, portées par la loi de financement de la Sécurité sociale qui indexe désormais les prix du tabac sur l’inflation de l’année précédente. Le prix moyen d’un paquet devrait ainsi se rapprocher de 13 euros en 2026, certains paquets premium dépassant déjà ce seuil.

L’impact de ces hausses sur la consommation

L’évolution du prix du tabac s’est accompagnée d’une baisse marquée des volumes vendus en France. Après un maximum atteint en 1975, les ventes totales de tabac ont été divisées par près de quatre en cinquante ans, passant de 104 000 tonnes en 1975 à environ 27 000 tonnes en 2025. Les ventes de cigarettes suivent une trajectoire comparable, passant de 89 000 à 19 000 tonnes sur la même période, une partie de cette baisse ayant été temporairement compensée par la progression du tabac à rouler jusqu’au milieu des années 2010, avant que ces ventes ne diminuent à leur tour.

Cette corrélation entre hausse des prix et baisse de la consommation constitue l’un des fondements des politiques de santé publique menées depuis les années 1990 : en renchérissant le coût du tabac, les pouvoirs publics cherchent à décourager l’entrée dans le tabagisme, en particulier chez les jeunes, et à inciter les fumeurs actuels à réduire leur consommation ou à arrêter.

Une France parmi les pays les plus chers d’Europe

La France figure aujourd’hui parmi les cinq pays européens où le tabac est le plus cher, derrière l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Islande. À titre de comparaison, un paquet de la même référence coûte en moyenne entre 9 et 10 euros en Suisse, autour de 8 euros en Belgique et en Allemagne, environ 6 euros en Italie, et un peu plus de 5 euros au Luxembourg et en Espagne. Le contraste est plus marqué encore avec l’Andorre, où le même paquet reste accessible autour de 4,75 euros, ce qui alimente un phénomène persistant d’achats transfrontaliers.

Conclusion

En soixante-quinze ans, le prix du paquet de cigarettes est passé d’un niveau stable, voire en légère baisse relative dans les décennies d’après-guerre, à une trajectoire de hausse continue depuis le début des années 1990. Cette évolution reflète un changement profond de politique publique : d’une fiscalité initialement pensée comme une source de recettes budgétaires, la France est passée à une fiscalité comportementale assumée, destinée à réduire la prévalence du tabagisme. Les chiffres de consommation, divisés par quatre depuis 1975, suggèrent que cette stratégie a produit des effets tangibles sur les habitudes des Français, même si le tabagisme demeure une préoccupation de santé publique majeure.

Plafond LDDS
Livret A plein : faut-il laisser ses intérêts s’accumuler au-delà de 22 950 € ?Économie

Livret A plein : faut-il laisser ses intérêts s’accumuler au-delà de 22 950 € ?

infoactuinfoactujuin 21, 2026
emprunt viager
Peut-on faire un emprunt pour acheter en viager ?Économie

Peut-on faire un emprunt pour acheter en viager ?

infoactuinfoactudécembre 7, 2025
Plus grand chef du monde
Les 10 meilleurs chefs du monde en 2026 selon les expertsActualitéSanté, sport et bien être

Les 10 meilleurs chefs du monde en 2026 selon les experts

infoactuinfoactumars 15, 2026