En juin 2026, le Livret A traverse une période particulière. Son taux est tombé à 1,50 % depuis le 1er février, son plus bas niveau depuis plusieurs années, tandis que l’inflation amorce une remontée sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie. Vous détenez peut-être un Livret A au plafond de 22 950 € et vous vous demandez si les intérêts qui continuent de tomber chaque année méritent d’y rester, ou s’il vaut mieux les transférer ailleurs. La réponse demande d’abord de clarifier un point souvent mal compris : que se passe-t-il réellement quand votre solde dépasse le plafond réglementaire ? Cet article fait le point sur la situation de juin 2026 et vous donne une réponse précise à cette question.
Le plafond de 22 950 € : ce qu’il limite vraiment
Un seuil figé depuis 2013, une portée qui s’érode
Le plafond du Livret A a été relevé pour la dernière fois en janvier 2013, passant de 19 125 € à 22 950 €. Depuis treize ans, aucune revalorisation n’a eu lieu, alors que le niveau général des prix a progressé de manière sensible sur la même période selon l’INSEE. Concrètement, le pouvoir d’épargne que représente ce plafond aujourd’hui est inférieur à celui qu’il représentait en 2013. Les pouvoirs publics n’ont annoncé aucun projet de relèvement pour 2026, le sujet revenant ponctuellement dans le débat public sans jamais aboutir.
Ce que le plafond bloque, et ce qu’il ne bloque pas
Le plafond de 22 950 € s’applique uniquement aux versements. Dès que votre solde atteint ce montant, votre banque refuse tout dépôt supplémentaire. En revanche, rien n’empêche les intérêts déjà acquis de continuer à s’ajouter au capital chaque année, même au-delà de ce seuil. C’est un point que beaucoup d’épargnants confondent : le plafond limite ce que vous pouvez verser, pas ce que votre épargne peut produire.
Le taux du Livret A en juin 2026 : une situation transitoire
1,50 % aujourd’hui, une hausse probable au 1er août
Depuis le 1er février 2026, le taux du Livret A s’établit à 1,50 %, contre 1,70 % au second semestre 2025. Cette baisse résultait d’une inflation particulièrement faible fin 2025, autour de 0,8 % sur un an. La donne a toutefois changé depuis le printemps : les tensions au Moyen-Orient ont fait grimper les prix de l’énergie, et l’inflation française est repassée à 2,4 % sur un an en mai 2026. La formule officielle, qui combine inflation et taux interbancaires, pointe désormais vers un taux théorique proche de 1,60 % à 1,80 % pour la révision du 15 juillet, applicable au 1er août. Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des Dépôts, a lui-même indiqué qu’une remontée du taux était attendue dès le mois prochain. Rien n’est acté avant la décision officielle du ministère de l’Économie, mais le scénario d’une hausse modérée, plutôt que d’une nouvelle baisse, domine pour l’instant les anticipations.
Sur un Livret A plein à 22 950 €, le passage de 1,50 % à 1,80 % représenterait environ 69 € d’intérêts supplémentaires sur une année pleine, soit un gain annuel total proche de 413 €, contre 344 € au taux actuel. L’écart reste modeste à l’échelle individuelle, mais il illustre la sensibilité du rendement aux décisions semestrielles.
Comparaison avec les autres produits réglementés
Le tableau suivant résume la situation des principaux livrets réglementés à la mi-juin 2026.
| Produit d’épargne | Taux (juin 2026) | Plafond de versement | Fiscalité | Risque de perte |
|---|---|---|---|---|
| Livret A | 1,50 % | 22 950 € | Exonéré | Nul |
| LDDS | 1,50 % | 12 000 € | Exonéré | Nul |
| LEP | 2,50 % | 10 000 € | Exonéré | Nul |
| Fonds euros (assurance-vie) | 2,0 – 3,5 % | Aucun | Fiscalité avantageuse après 8 ans | Faible |
Le LEP demeure le livret réglementé le mieux rémunéré, à condition de respecter les plafonds de revenu fiscal de référence : 23 028 € pour une personne seule et 35 326 € pour un couple soumis à imposition commune en 2026. Le LDDS, lui, partage exactement le même taux que le Livret A, mais avec un plafond de versement nettement plus bas, à 12 000 €.
Les intérêts au-delà de 22 950 € produisent-ils eux-mêmes des intérêts ?

C’est la question centrale, et la réponse est sans ambiguïté : oui. Une fois le plafond atteint, les intérêts versés chaque année s’ajoutent au capital et entrent dans le calcul des intérêts de l’année suivante, exactement comme s’ils provenaient d’un versement. Le mécanisme de capitalisation s’applique à l’intégralité du solde, sans distinction entre la part inférieure et la part supérieure au plafond réglementaire. Votre banque ne plafonne jamais le solde total : elle plafonne uniquement votre capacité à effectuer de nouveaux dépôts.
Pourquoi retirer le surplus n’apporte, en soi, aucun avantage
Certains épargnants pensent à tort qu’il faut retirer chaque année la part qui dépasse 22 950 € pour éviter une perte de rendement, ou parce qu’ils imaginent un plafond de détention qui n’existe pas. En réalité, retirer cette somme ne change rien à la fiscalité, qui reste nulle quel que soit le solde, et prive simplement cette part de capital de la rémunération de 1,50 % qu’elle continuerait à percevoir sur le livret. Tant que vous n’avez pas de meilleure destination identifiée pour ces fonds, les laisser fructifier sur le Livret A reste strictement neutre, voire légèrement préférable à un compte courant non rémunéré.
La vraie question : un problème de rendement comparé, pas de plafond
Le sujet ne se situe donc pas dans un mécanisme de blocage des intérêts, qui n’existe pas, mais dans la comparaison de rendement entre le Livret A et d’autres supports. Avec une inflation française repassée au-dessus de 2 % en mai 2026, le rendement réel d’un Livret A à 1,50 % devient négatif : votre épargne perd du pouvoir d’achat, même si son montant nominal progresse chaque année. C’est ce constat, et non une quelconque règle de plafonnement des intérêts, qui doit guider votre décision de transférer ou non le surplus vers un autre produit.
Que faire concrètement de la part qui dépasse le plafond
Compléter avec le LDDS et le LEP si vous y êtes éligible
Avant d’envisager des supports plus dynamiques, deux réflexes simples s’imposent. Si vous ne détenez pas encore de LDDS, son ouverture vous permet de loger jusqu’à 12 000 € supplémentaires au même taux que le Livret A, avec la même absence de fiscalité. Si votre revenu fiscal de référence reste sous les seuils 2026, le LEP offre un rendement net de 2,50 %, soit un point de plus que le Livret A, dans la limite de 10 000 € de versements. Pour un foyer éligible, ces deux livrets combinés permettent d’absorber une part significative de l’excédent sans sortir du cadre sécurisé et défiscalisé de l’épargne réglementée.
L’assurance-vie pour les montants qui dépassent ces plafonds combinés
Au-delà de ces enveloppes réglementées, l’assurance-vie en fonds euros constitue la solution la plus naturelle pour les sommes qui restent disponibles. Les rendements 2026 s’échelonnent généralement entre 2 % et 3,5 % selon les contrats, avec un capital qui reste protégé et une fiscalité qui devient avantageuse après huit ans de détention. Pour un horizon de placement plus long, une fraction du contrat peut être orientée vers des unités de compte, dans une proportion qui dépend de votre tolérance au risque et de votre horizon de temps.
Conserver une réserve de précaution sur le Livret A
Quelle que soit la stratégie retenue, il reste recommandé de maintenir sur le Livret A une réserve représentant trois à six mois de dépenses courantes. Cette part doit rester disponible immédiatement, sans contrainte de durée ni risque de perte, ce que seul le Livret A garantit avec cette simplicité. Le reste de l’excédent, en revanche, gagne à être réparti entre LDDS, LEP et assurance-vie selon votre situation personnelle.
En résumé
En juin 2026, votre Livret A plein continue de capitaliser ses intérêts sans aucune limite de solde : seuls les versements s’arrêtent à 22 950 €. Il n’existe donc aucune raison réglementaire de retirer la part qui dépasse ce seuil. La décision de déplacer cet excédent doit reposer sur un autre critère, celui du rendement réel face à une inflation qui est repartie à la hausse au printemps 2026, et sur l’attrait des alternatives disponibles : LDDS, LEP si vous y êtes éligible, puis assurance-vie pour les montants plus importants. Une revue de votre allocation avant la révision du taux du 1er août vous permettra d’ajuster votre stratégie en connaissance de cause, plutôt que de laisser dormir un capital dont le rendement réel s’érode.



