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Il y a encore deux ans, créer un site web demandait un développeur, un budget et plusieurs semaines. Aujourd’hui, une description de quelques lignes envoyée à un assistant comme ChatGPT ou Claude suffit à obtenir un code complet, qui s’affiche dans un navigateur en quelques minutes. Pour un indépendant, un artisan ou une jeune entreprise, la tentation est évidente. Le résultat est souvent présentable, parfois même élégant. Mais un site qui s’affiche n’est pas un site conforme, sûr et durable. Cet article passe en revue les risques à connaître avant de mettre en ligne une page générée par intelligence artificielle, et explique comment les limiter.

Ce que l’IA fait bien, et ce qu’elle ne fait pas

Il serait faux de présenter l’IA comme un mauvais outil de création de sites. Pour une page vitrine simple, un portfolio ou une page de présentation, elle produit rapidement une base propre. En 2023, Clubic avait demandé à ChatGPT de concevoir un site : le résultat, une page de portfolio en HTML avec feuille de style intégrée, s’ouvrait dans un navigateur après un simple copier-coller. Le média jugeait qu’un HTML aussi simple ne présentait pas trop de risques, tout en relevant un rendu pauvre en couleurs et en visuels. Il parlait d’une base à développer plutôt que d’un produit fini. Depuis, les outils ont beaucoup progressé, mais la logique reste la même.

Anthropic IA Claude

Ce que l’IA ne fait pas, c’est assumer la responsabilité du site. Elle ne connaît pas votre activité réelle, vos obligations légales, vos prestataires, vos données clients ni la façon dont vous traitez les demandes de contact. Elle écrit ce qu’on lui demande et, souvent, ce qu’on ne lui demande pas, sans toujours le signaler. Le dirigeant reste seul responsable de ce qui est publié.

Risque 1 : la conformité au RGPD

C’est le sujet le plus sous-estimé. Un site généré par IA charge souvent, sans que vous le sachiez, des outils tiers : statistiques d’audience, pixels de réseaux sociaux, cartes, polices de caractères hébergées à l’extérieur. Chacun de ces éléments peut envoyer des données à un serveur distant dès l’ouverture de la page.

Un article de la plateforme AgentsRoom sur le « vibe coding » et le RGPD rappelle les principaux manquements constatés. Les cookies non essentiels exigent un consentement préalable : une bannière qui s’affiche après le déclenchement du traceur ne corrige rien. Les internautes doivent être informés de ce qui est collecté, pourquoi et sur quelle base juridique, ce qu’un site généré ne fournit généralement pas. Les formulaires enregistrent souvent chaque envoi sans durée de conservation, ce qui contredit le principe de minimisation. Il n’existe en général aucune procédure pour demander l’effacement ou l’accès à ses données. Enfin, un script d’analyse ou une police hébergée peut transmettre des adresses IP vers des serveurs situés hors de l’Union européenne.

Les sanctions ne se limitent pas aux grandes entreprises. Le plafond des amendes prévu par le RGPD est le plus élevé entre 20 millions d’euros et 4 % du chiffre d’affaires mondial annuel. L’article cité indique que les amendes de la CNIL ont atteint 486 millions d’euros en 2025, dont 325 millions pour Google et 150 millions pour Shein, deux dossiers liés aux traceurs et au consentement. Il précise surtout que la taille de l’entreprise change le montant de l’amende, pas la possibilité d’en recevoir une. Une petite structure s’expose plutôt à des mises en demeure et à des contrôles simplifiés, par exemple pour une bannière non conforme ou une demande d’accès ignorée.

Risque 2 : les mentions légales et les informations obligatoires

Un site professionnel doit afficher des informations sur son éditeur : identité ou raison sociale, adresse, contact, directeur de la publication, coordonnées de l’hébergeur. Un site de vente en ligne doit en plus présenter des conditions générales de vente, des informations sur le droit de rétractation et sur la médiation. Un assistant IA peut produire des textes qui ressemblent à des mentions légales, mais il les remplit parfois de données fictives ou génériques, voire absurdes pour votre situation. Un texte copié sans relecture peut donc donner une fausse impression de conformité.

Le bon réflexe consiste à rédiger ces pages à partir de vos informations réelles, à contrôler chaque champ et, pour une activité réglementée ou une boutique, à les faire relire par un juriste ou par le modèle fourni par votre prestataire de paiement.

Risque 3 : la sécurité du code

Les assistants de programmation sont efficaces, mais pas infaillibles. Selon une étude de Veracode de 2025 reprise par l’article d’AgentsRoom, 45 % du code généré par IA introduit une vulnérabilité de sécurité, et ce code contient 2,74 fois plus de vulnérabilités que du code écrit par des humains. Ces chiffres concernent des échantillons de programmation, et ils ne signifient pas que chaque site généré est piraté. Ils rappellent qu’un code produit en quelques secondes n’a pas été relu par un spécialiste.

Pour un site vitrine en pur HTML, le risque est limité : il n’y a ni base de données, ni zone d’administration. Il augmente fortement dès que le site comporte un formulaire qui enregistre des données, un espace de connexion, un paiement ou une interface d’administration. Dans ce cas, des failles classiques peuvent apparaître : mots de passe mal protégés, requêtes à une base de données mal construites, autorisations trop larges. Un risque plus discret concerne les secrets : codes d’accès aux services (API), jetons d’accès ou identifiants parfois laissés en clair dans le code. Namecheap recommande de les rechercher systématiquement avant toute mise en ligne et de faire auditer le code, idéalement par une seconde session d’IA ou par un développeur.

Risque 4 : un site qui ne se référence pas

Un site peut être beau et invisible. Les moteurs de recherche attendent des balises de titre et de description uniques sur chaque page, une structure de titres cohérente, un plan du site, un texte lisible, des images décrites et un temps de chargement raisonnable. Un site généré en une fois par IA contient souvent des titres génériques, des textes interchangeables, peu d’informations propres à votre activité et aucun contenu utile aux internautes. Or les moteurs favorisent les contenus spécifiques et utiles.

Le risque commercial est concret : vous investissez du temps dans un site qui n’apporte aucun visiteur. Pour l’éviter, travaillez les textes vous-même ou avec l’IA, mais à partir de vos propres informations (zone d’intervention, tarifs, références, photos réelles), et rédigez des pages dédiées à chacun de vos services.

Risque 5 : l’accessibilité et l’adaptation aux mobiles

Une grande partie de votre trafic viendra d’un téléphone. Un site généré peut s’afficher correctement sur ordinateur et se déformer sur un petit écran. L’accessibilité pose un autre problème : contrastes insuffisants, absence de textes alternatifs pour les images, navigation impossible au clavier. Ces défauts excluent des visiteurs, et ils peuvent constituer un manque à vos obligations selon votre secteur et votre taille. Testez le site sur un vrai téléphone, sur plusieurs navigateurs, et utilisez les outils de test gratuits des navigateurs pour détecter les erreurs les plus visibles.

Risque 6 : la propriété du contenu et des images

Un site mélange textes, images, logos et polices. Les images générées ou suggérées par une IA, les extraits de code repris de bibliothèques et les textes qui ressemblent à ceux d’un concurrent soulèvent des questions de droit d’auteur et de licences. Le cadre juridique évolue, et vous devez rester prudent : n’utilisez que des visuels dont vous maîtrisez la provenance, conservez la trace des licences et évitez de reprendre des contenus qui ressemblent trop à ceux d’un tiers. Si un doute existe sur un élément important, remplacez-le.

Risque 7 : la dépendance et la maintenance

Un site n’est pas un document figé. Il faut le mettre à jour : contenu, sécurité, dépendances techniques, certificat de sécurité, compatibilité avec les navigateurs. Si le code a été produit par une IA sans documentation, vous risquez de ne plus comprendre ce qu’il contient quelques mois plus tard. Si l’outil qui a hébergé le projet change ses conditions ou supprime votre espace, vous perdez tout. Namecheap signale ainsi que Claude supprime les artefacts non publiés : exportez et conservez le code en dehors de l’outil.

Un autre risque tient à l’absence d’interlocuteur. Quand le formulaire de contact cesse de fonctionner ou que la page d’accueil affiche une erreur, personne n’est tenu de répondre. Prévoyez donc un prestataire ou un développeur pour les dépannages ponctuels, même si vous avez fait l’essentiel vous-même.

Comment limiter les risques sans renoncer à l’IA

Rien de tout cela ne vous oblige à renoncer à l’IA. La bonne approche consiste à l’utiliser comme un accélérateur, pas comme un remplaçant. Pour un site vitrine, générez la structure et les textes, puis relisez chaque page. Remplacez toutes les informations génériques par vos données réelles. Supprimez les scripts tiers dont vous n’avez pas besoin, hébergez les polices localement et mettez en place une bannière de consentement conforme avant de charger tout traceur. Rédigez une politique de confidentialité qui décrit vos traitements réels. Pour un site avec formulaires ou paiement, passez par un service reconnu (outil de formulaire, solution de paiement, système de gestion de contenu) plutôt que par un code inventé.

Faites enfin relire le site par une personne compétente avant la mise en ligne. AgentsRoom mentionne des outils d’analyse automatisée de conformité, mais il rappelle qu’un scan n’est pas une validation juridique et qu’une revue humaine reste nécessaire, en particulier pour les analyses d’impact et les données de santé.

Quand faire appel à un professionnel

Une page de présentation sans données collectées peut se créer seul. Une boutique en ligne, un site qui collecte des données sensibles, une plateforme de réservation, une application métier ou un site à fort enjeu d’image appellent un professionnel. Le coût d’un audit, qui se chiffre en quelques centaines d’euros, reste très inférieur à celui d’une mise en demeure, d’une fuite de données ou d’un site à refaire.

En résumé

L’IA fait gagner un temps précieux pour créer un site, mais elle déplace la responsabilité vers vous. Les risques principaux sont la conformité au RGPD, l’absence ou la fausseté des mentions légales, les failles de sécurité, un référencement insuffisant, des défauts d’accessibilité, des questions de droits sur les contenus et un manque de maintenance. Utilisez l’IA pour produire une base, relisez tout, supprimez le superflu, documentez ce que vous publiez et faites contrôler ce qui touche aux données ou aux paiements. Un site rapide à créer reste un site que vous devez pouvoir défendre.

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